La force de l’adolescence

Les adolescents ont besoin de trouver leur force intérieure pour se construire. Ils sont face à de nombreux défis, en particulier trouver la force de s’opposer à leurs parents, ceux qui les ont mis au monde et éduquer, trouver la force de leur dire et de leur montrer qu’ils sont différents d’eux, qu’ils ont des aspirations différentes, qu’ils veulent être la personne qu’ils sont vraiment et non l’image idéale qu’ont construit leurs parents. Ils ont besoin de se trouver en s’éloignant de leurs parents, en en même temps ils ont besoin de l’amour de leurs parents pour se sentir en sécurité : oui, papa, maman, je fais des choses qui ont du sens pour moi maintenant, je le fais contre vous pour pouvoir devenir une personne vivante et debout, mais j’ai toujours besoin de votre amour, de votre regard, de votre reconnaissance, de votre soutien,  j’ai besoin que vous me disiez que vous avez peur pour moi et que vous m’admirez aussi, j’ai besoin que vous me disiez que vous m’admirez pour les risques que je prends. J’ai aussi besoin que vous me fassiez confiance, que vous puissiez avoir la force de supporter mes errements et mes égarements. Oui, car cela demande aussi aux parents un formidable travail sur soi : accepter les reproches, colère, de ses enfants, voir cela non comme une guerre déclarée, mais comme un processus mis à l’œuvre pour grandir. Accepter les erreurs, les râtés, les prises de risque, tout en procurant la sécurité qui va être refusée. Accepter ce détachement, ce va et vient entre « aime-moi, protège-moi » et « laisse-moi, va t’en ! »… Travail complexe et vivant que cette relations parents-adolescents qui se tisse et se détisse…

Un autre défi consiste dans la prise de risque : moi, jeune adolescent, je n’ai  pas conscience des risques que je prends, j’ai besoin d’essayer, de dépasser des limites, de me faire peur, de voir jusqu’où je peux aller… Quand l’adolescent prend des risques, il se cherche, il a besoin de rencontrer d’autres jeunes dans la même situation pour se sentir moins seul… On va prendre des risques ensemble, on va voir jusqu’où il est possible d’aller…Et la vie nous dira ce qui est possible… Je me mets à l’épreuve non pas pour vous embêter ou pour vous montrer que je ne vous écoute plus, ou que je ne vous aime plus, mais pour me construire, pour me découvrir, pour sentir la vie intense en moi, pour ne pas oublier que je suis une personne à part entière avec son identité propre…

Et au bout du compte, que reste-t-il ? Des deuils à faire, de ne pas être cette personne toute-puissante qui peut passer à l’épreuve de tout, qui se relève de tout… Aller trop loin, pour revenir dans une zone plus sécurisée et plus respectueuse de soi. Et toujours sentir l’amour inconditionnel de ses parents, qui ont été là, à distance, ni trop proche ni trop loin… Mettre le lien à l’épreuve de la vie et regarder ce qui en reste. Car le rôle des parents est un rôle à vie, on ne peut pas dire à son enfant, j’ai été là durant 18 ans, maintenant débrouille-toi… certes, il a acquis de l’autonomie, mais il aura encore besoin de soutien, de présence, dans une juste distance, à la mesure de ce dont il a besoin et de ce que la relation permet.

Des deuils aussi sur ce que les parents n’ont pas pu, pas su donner , des manques dans l’être, que le vie va nous charger de mettre en lumière….